Par Ruben MAYONI et Joslin BABA

Dans un communiqué rendu public le 28 juin dernier, l’ONG internationale Greenpeace Afrique a appelé les gouvernements de la République du Congo et de la République Démocratique du Congo à interdire toute activité industrielle dans les plus grandes tourbières tropicales du monde. Des écosystèmes abritent la forêt du bassin du Congo.

Greenpeace a réitéré cet appel à l’issu d’une expédition effectuée du 16 au 18 juin dans les tourbières au village d’Ikenge dans la province de l’Equateur, avec les médias nationaux et internationaux qui ont rejoint l’équipe des scientifiques du projet CongoPeat pendant leurs travaux de recherche.

Découvertes en 2017 et dont la présence a été confirmées, les tourbières de la forêt du bassin du Congo renferment une quantité de carbone estimée à 30,6 milliards de tonnes et recouvrent. Elles occupent une superficie de 14 millions d’hectares, plus grande que celle de l’Angleterre et traversant les deux Congo.

« Nous en savons très peu sur le fonctionnement des tourbières du bassin du Congo, et il est important que la communauté scientifique puisse remplir ce vide afin de comprendre de quelle manière cet énorme stock de carbone peut continuer à jouer son rôle dans l’atténuation du changement climatique », a déclaré le Dr. Greta Dargie de l’Université de Leeds.

Cette expédition avec les scientifiques a encore démontré l’ultime importance des tourbières dans la lutte contre la crise climatique actuelle et pour les communautés riveraines. Il est de ce fait  plus qu’urgent que les décideurs des deux Congo ainsi que leurs partenaires techniques et financiers se mobilisent pour prendre des mesures pour préserver ces écosystèmes en y prohibant toute activité à grande échelle.

Depuis 2018,  Greenpeace Afrique n’a cessé de dénoncer les menaces sur ces écosystèmes, notamment, les concessions forestières et les explorations pétrolières attribuées par la RDC, ainsi que les appels d’offre d’exploitation du pétrole lancé par le Congo-Brazzaville.

Pour le professeur Corneille Ewango de l’Université de Kisangani, on devra éviter des affectations abusives dans leurs environs immédiats pour permettre aux tourbières de jouer leur rôle. « Les tourbières sont également touchées lorsque les terres environnantes le sont. Toute activité industrielle ou agricole à grande échelle dans les tourbières ou les terres environnantes affecte la nappe aquifère qui maintient la vie de ces écosystèmes », a-t-il insisté, avant d’ajouter que « le rôle écologique qu’elles jouent est inestimable et va au-delà des revenus économiques qui  peuvent être générés par tout type d’exploitation ».

Tout en mettant l’accent sur le rôle majeur des tourbières de la forêt du bassin du Congo dans la crise climatique, Greenpeace Afrique insiste sur la prise en compte des solutions issues des communautés vivant dans et autour des tourbières. “ L’intégration des communautés locales dans la protection des tourbières est un impératif pour une solution efficace. Ayant gardé intact cet immense stock de carbone durant des siècles, les gouvernements et les donateurs doivent prendre en compte l’impact de la destruction des tourbières dans la survie des communautés qui en dépendent”, a déclaré Patient Muamba, chargé de campagne forêt,  Greenpeace Afrique.

Il est  ainsi primordial de privilégier les communautés environnantes dans l’adoption des mesures de protection des tourbières. Pour Guy Kajemba, membre de la société civile environnementale de la RDC et participant à cette expédition : « Il existe un lien entre les droits des communautés et la protection des tourbières. Ayant historiquement protégées les tourbières sans connaissances scientifiques, il s’est créé une relation intime et intense qui les lie. Les communautés y tirent toutes les ressources dont elles ont besoin pour leur survie dont les produits forestiers non ligneux. Cette relation est autant socio-économique que culturelle et doit être préservée et respectée en laissant intactes les tourbières».